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SOUND SYSTEM : QUAND LA MUSIQUE PERMET D'EXISTER
Pourquoi le sound system est-il né dans les ghettos de Kingston ?
Durée de la conférence : 1 heure
Public : tout public
Format : conférence suivie d'un temps d'échange avec le public
À la fin des années 1940, dans une Jamaïque encore coloniale, profondément marquée par les inégalités sociales et raciales, une nouvelle pratique culturelle commence à se développer dans les ghettos et les quartiers pauvres de Kingston : le sound system.
À l'origine, il ne s'agit pourtant pas de créer une nouvelle culture. Commerçants et entrepreneurs utilisent la musique enregistrée et l'amplification pour attirer une clientèle et organiser des soirées dansantes. Mais en quelques années, le phénomène prend une tout autre dimension.
Les sound systems se multiplient. Les disques américains deviennent des objets de convoitise. Les opérateurs se livrent une compétition acharnée pour attirer le public. Autour des dances apparaissent de nouvelles réputations, de nouveaux métiers, de nouvelles pratiques et de nouvelles possibilités de reconnaissance sociale. Dans les rues, les yards et les dancehalls de Kingston se constitue progressivement un univers culturel avec ses propres acteurs, ses codes et ses hiérarchies.
Comment une population que les inégalités raciales et sociales de la Jamaïque coloniale confinent dans les espaces les plus pauvres et les plus délabrés de Kingston parvient-elle, autour de quelques disques et d'un système d'amplification, à créer ses propres lieux de sociabilité, ses entreprises, ses métiers, ses vedettes, ses compétitions, ses formes de prestige — et bientôt sa propre musique ?
Cette conférence revient aux origines sociales et culturelles du sound system pour comprendre comment une nouvelle manière de diffuser de la musique a progressivement permis à une partie de la population jamaïcaine de se réapproprier l'espace urbain, de construire de nouvelles formes de reconnaissance et de faire émerger l'une des cultures musicales les plus influentes du XXᵉ siècle.
Trois axes de réflexion
I — Quand la ville exclut, d'autres espaces sociaux apparaissent
La ségrégation, l'exode rural et l'extrême pauvreté transforment Kingston : face au déracinement et au manque de perspectives se développent dans les ghettos de nouvelles formes de sociabilité, dont le dancehall va devenir l'une des expressions majeures.
II — Une technologie commerciale devient une culture populaire
La rencontre entre les dancehalls, les commerçants du downtown, les innovations techniques et la passion pour les musiques américaines permet au sound system de répondre à une demande immense : accéder à la musique, se réunir et faire la fête à une échelle jusque-là impossible.
III — Le public transforme la musique en espace de reconnaissance
En mettant les sounds en concurrence, la population de Kingston impose ses choix et pousse opérateurs, selectors, chanteurs et techniciens à se distinguer : clashes, exclusivités, concours, réputations et innovations font progressivement émerger un univers avec ses propres métiers, ses codes, ses vedettes et ses hiérarchies.
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